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LE CARBURANT

ARTICLE DE ZINFO974 SUR LE CARBURANT

21 avr. 2026

Faut-il généraliser le chèque carburant dans les communes ?

Écrit par P.M. – le mardi 21 avril 2026 à 07H25


La mairie de Sainte-Rose s'apprête à renouveler le dispositif dans son budget 2026.

La flambée des prix du carburant relance la question d’un “chèque carburant” dans les communes. Si Sainte-Rose applique ce dispositif depuis 2020 et s’apprête à le reconduire, elle reste la seule à l’avoir mis en place. À Saint-André et à Salazie, l’opposition a demandé la création d’un dispositif similaire, à financer par les “surplus” d’octroi de mer. Des recettes jugées encore “potentielles”, mettent en avant d’autres communes, qui ont, pour certaines, fait le choix de mesures sociales différentes.

Les règles pour en bénéficier sont simples et l'objectif tout aussi clair. “Être un amortisseur, voire un améliorateur, du pouvoir d’achat en cas d’augmentation du prix du carburant pour les salariés du privé et du public (...) La commune entend ainsi lutter contre la vie chère, la pauvreté et l’exclusion dans un territoire rural en difficulté.”, résumait, dans son rapport sur la gestion de la commune, la Chambre régionale des comptes fin 2024.

Dans la foulée, elle invitait la commune à passer la gestion du chèque carburant au CCAS, “afin de consolider la dimension sociale de ce dispositif”, ce qui a été fait depuis par la mairie.

Pour en bénéficier, les critères n'ont, eux, pas changé : être résident à Sainte-Rose, fournir la carte grise du véhicule, travailler à plus de 30 km de la commune aller-retour (de mairie à mairie) et percevoir un salaire mensuel net inférieur ou égal à 2.200 euros.


Plus de 300 bénéficiaires par an

Un peu plus de 300 personnes bénéficient du dispositif chaque année, pour un budget de 85.000 euros débloqué par la ville. Une mesure de pouvoir d'achat qui permet de compenser les variations du prix du carburant, mais aussi l'éloignement avec les bassins d'emploi, dans le but de maintenir la population sur la commune.

Et ça marche : la commune a regagné plus de 300 habitants depuis 2021, selon la mairie.

Le chèque carburant est l'une des treize “mesures sociales concrètes” mises en place par la ville, avec un budget alloué de 450 000 euros. L'aide au permis de conduire en est une autre.


Une réponse politique à la "vie chère"


Aujourd’hui, La Réunion a besoin de solidarité en action. Si l’on veut préserver la cohésion sociale, il faut que nous envoyons, non pas seulement de grands projets, mais avant tout des messages rassurants et sécurisants à destination de la population, pour lui dire : nous sommes à vos côtés pour amortir la vie chère et, éventuellement, la perte de pouvoir d’achat”, commente le maire, Michel Vergoz. Impliqué de longue date dans le dossier du carburant et dans la lutte contre le “monopole de la SRPP”, face à laquelle il propose la création d'une SEM pour l’importation et le stockage des carburants et du gaz à La Réunion, il juge au passage que la situation actuelle “n’est en aucune façon différente de celle dans laquelle nous nous sommes retrouvés ces trente dernières années”. Il renvoie de nouveau la balle aux pétroliers : “J’ai dit à la Région que je m’étonne que l’on puisse lui demander des efforts alors que tout est transparent de la part des élus, de la Région et des communes (...) Nous savons, par la loi, comment ces taxes (octroi de mer et taxe sur le carburant, NDLR) sont réparties et où elles vont. Et voilà que l’on demande, sous pression, à celui-là même qui garantit la transparence au public, d’agir par une nouvelle votation sur la répartition du surplus.”

Michel Vergoz : "Nous devons refuser cette surrecette"


Pour l'ancien sénateur : “Moi, je suis transparent. Les politiques sont transparentes. L’octroi de mer et la taxe sur les carburants sont transparents : on connaît les taux, les votations, la répartition, les débats et les coûts, et on sait où va l’argent. En revanche, sur la transparence de la formation des prix des carburants, je ne sais rien. Et c’est paradoxalement moi, l’élu, que l’on montre du doigt. C’est injuste et inacceptable. Invite-t-il ses homologues maires à appliquer à leur tour — temporairement ou non — un chèque carburant sur leurs communes ? “Je ne donne aucune leçon. Je dis simplement que c’est le bon sens près de chez nous : la surrecette amenée par l’augmentation du prix du carburant sur l’octroi de mer n’est pas acceptable. Nous devons tous la refuser. C’est une recette d’opportunité, ce n’est pas le moment d’agir ainsi et je partage la posture de la Région.

"J'invite l'AMDR à s'occuper de ses affaires"


Sur l'action de l'AMDR, le ton devient plus virulent : “J’invite l’AMDR à s’occuper de ses affaires. Occupez-vous de La Réunion plutôt que de l’AMF. Chez David Lisnard, il n’y a pas d’octroi de mer.” Fermez le ban !

L'Association des maires de La Réunion a pris position sur le sujet en laissant le champ libre aux communes de flécher les recettes supplémentaires attendues sur les carburants vers les centres communaux d’action sociale (CCAS) et les associations.

Un surplus estimé, “sur un mois, pendant la période de crise”, à 1,9 million d’euros par la Région, qui rappelle dans la foulée que “la plus grande part de ces recettes supplémentaires, soit 1,4 million d’euros, est versée directement aux communes qui en ont l’usage exclusif.”

On préfère, nous, communes, mettre ce surplus à nos CCAS ou pour nos associations, qui sont aussi dans le besoin et qui subissent aussi la crise”, a déclaré à Zinfos son président et maire de Petite-Île, Serge Hoareau, à l'image de l'aide exceptionnelle de 40 euros débloquée pour les “travailleurs précaires” par Saint-Denis.



Laurent Virapoullé : "Pour La Réunion i lève grand matin"


Au sein des conseils municipaux, des voix se sont élevées ces derniers jours pour demander l'instauration d'un chèque-carburant.

À Saint-André, c'est Laurent Virapoullé qui a interpellé cette semaine Joé Bédier, l'invitant à créer un dispositif équivalent pour la "Réunion i lève grand matin” et qui serait financé à partir des recettes supplémentaires liées à la fiscalité sur les carburants. Un surplus de recettes qu'il chiffre à environ 90.000 euros par mois pour Saint-André. À Salazie, c'est l'élu de l'opposition Jimmy Armand qui a fait de même.

En réponse, la majorité de Saint-André, par l'entremise de son DGS, a réfuté recevoir des recettes supplémentaires, les montants étant "fixes" et a rappelé mettre en place d'autres mesures sociales, dont la cantine à un euro.


Des recettes encore "potentielles"

Interrogé, un administratif d'une commune précise qu'en matière d'octroi de mer, comme pour la taxe sur le carburant, les mairies ne sauront qu'en fin d'année s'il y a un surplus ou non et le niveau de ce dernier.

Un peu à l'image de ce qui se passe avec EDF pour les particuliers, les communes reçoivent une estimation de la Région en début d'année, puis des versements chaque mois à partir de cette dernière. Ce n'est qu'en fin d'année que la taxe est modulée, à la hausse ou à la baisse, selon la réalité des rentrées fiscales. En cas de surplus, les recettes sont fléchées vers un fonds commun (FRDE) et des projets locaux.


“La recette est potentielle en l'état, il n'y a pas de recettes supplémentaires, d'enrichissement immédiat”, commente notre interlocuteur, qui met en question, au final, la recette attendue : “La consommation devant baisser en conséquence, ce qui devrait créer un équilibre.”


En attendant, le chèque carburant figurera de nouveau au budget 2026 de Sainte-Rose. Un débat qui pourrait s'inviter à la table des communes.

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